Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 21:03

                                       Le livre que je suis fière de ne pas avoir écrit 

 

         Eviter de parler de ce qu’on ne connaît pas est, à mes yeux, la règle d’or de la littérature jeunesse. Aussi, lorsqu’un de mes éditeurs me commanda un roman sur l’anorexie, m’empressai-je de refuser.

— Pourquoi ? s’étonna-t-il. Tu abordes souvent les grands problèmes de l’adolescence, non ?  

Oui, dans la mesure où ils me sont familiers, Mais je n’ai jamais été anorexique, mes enfants non plus, ni personne de mon entourage. Ce que je pourrais écrire là-dessus sonnerait forcément faux, et j’aurais toutes les chances de sortir des conneries.

— Bah, il suffit de te documenter : la presse et la télé ne parlent que de ça ; c’est le thème à la mode. Et l’édition jeunesse n’est pas en reste : tous nos concurrents l’ont abordé. Leurs bouquin se vendent comme de petits pains ; ce serait idiot de ne pas surfer sur la vague !

S’il y a bien un truc qui m’insupporte, c’est ce genre d’opportunisme, qui exploite cyniquement une véritable souffrance.

 — Raison de plus ! explosai-je. Les lecteurs intéressés par ce sujet n’ont que l’embarras du choix. Un livre supplémentaire ne leur apporterait rien, surtout écrit sans conviction.

              Je plantai donc là l’éditeur déçu qui fit appel, pour concrétiser son projet,  à l’une de mes collègues, bien plus calée que moi en la matière. Dans les mois qui suivirent sortit un roman qui, si je me souviens bien, connut un beau succès de librairie avant d’être adapté en téléfilm. L’éditeur  dut se féliciter de mon refus et, tel que je le connais, s’en attribuer le mérite.       

             Perso, je suis assez fière de ne pas avoir cédé. Même si, une fois encore, j’ai raté le coche.

 

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 22:42

                                  Quand le rap est, quand le rap est là,

                                  La techno s’en, la techno s’en va…

 

         En 1995 parut mon best-seller :  La Bibliothécaire (plus d’un million d’exemplaires vendus, une dizaine de prix, autant de traductions, et l’aval de l’Education Nationale qui l’inclut dans  le programme des collèges). Ce qui ne l’empêcha pas, avant sa parution, de subir les outrages d’une éditrice stagiaire en mal de reconnaissance.

         Cette personne, par ailleurs charmante, trouva judicieux d’apporter à mon texte — sans m’avoir préalablement consultée  — , des modifications qui me valurent un moment de honte mémorable.

 

         Je vous explique. L’un des héros de l’histoire, le jeune rappeur Doudou, avait un langage  bien à lui, à la fois rimé et rythmé, de sorte que le lecteur pouvait danser sur ses paroles ou les chanter, au choix. Ainsi trouvait-on, page 71 :

 

         Dans le ciel, la lune pointe sa tête ;

         Nous v’là près d’la bibliothèque.

         C’est tell’ment grand et tell’ment beau

         Que yo ! j’ai l’cœur qui fait l’gros dos!

 

         Dérangée, sans doute, par cette métaphore qu’elle jugeait  absconse, la stagiaire la remplaça par :

 

         Dans le ciel, la lune pointe sa tête ;

         Nous v’là près d’la bibliothèque.

         C’est tell’ment grand et tell’ment beau

         Que yo ! ne manque plus qu’ la techno.

 

         A la relecture des épreuves, je ne relevai pas cette « correction » noyée parmi tant d’autres. On ne répétera jamais assez à quel point le bras de fer avec son éditeur est usant pour un auteur. (Ayant abordé maintes fois ce sujet dans mes romans et mes articles, je n’y reviendrai pas. Qu’on se souvienne simplement que, dans un manuscrit digne de ce nom, rien n’est laissé au hasard. Chaque mot, chaque virgule, chaque alinéa, est soigneusement pesé et réfléchi. Une fois « remanié » par une main  étrangère, le texte perd son rythme, sa vivacité, sa cohérence, et se retrouve souvent truffé de répétitions, d’erreurs, voire d’invraisemblances.)

         Bref, le livre parut, agrémenté de ce vers que, de guerre lasse, j’avais validé.

          Hélas.      

 

         Dans les mois qui suivirent, je fus invitée par un établissement scolaire à rencontrer des élèves de cinquième, pour leur parler de mon roman et répondre à toutes leurs questions. En principe, je maîtrisais bien ce genre d’intervention. Mais cette fois-là…

         — Eh, m’dame, m’interpella un gamin de but en blanc, pourquoi Doudou il dit : « Ne manque plus qu’la techno » ?

         Prise de court, je bredouillai : 

        — Euh… parce qu’il aime bien ça, je suppose…

Tollé général.

        — M’enfin m’dame, tout le monde sait que les rappeurs détestent la techno !

         (Euh… ah bon ? moi,  je l’ignorais. La correctrice aussi, apparemment.)

         Devant mon embarras, la classe devint houleuse. Des propos agressifs fusèrent de toute part.

          — On imprime n’importe quoi, alors, dans les bouquins ? lança un élève, visiblement déçu.      

           —  Pourquoi vous écrivez des mensonges ? interrogea un autre.

         A l’évidence, mon manque de rigueur les choquait et ils tenaient à le faire savoir. L’occasion était trop belle d’en remontrer à un adulte, surtout un écrivain (censé, de par son métier, avoir la science infuse). Le ton montait, montait, agrémenté d’insultes et de gros mots. La prof, dépassée, tentait en vain de calmer le chahut.

         — Faites quelque chose, voyons ! finit-elle par me supplier. Expliquez-leur que vous ne vous êtes pas moquée d’eux, et tâchez d’être convaincante ; c’est le seul moyen d’en venir à bout.

          Leur expliquer ? Et quoi, grands dieux ? Que je n’y connaissais rien en musique moderne ? Que le vers litigieux m’avait été imposé par l’éditeur ? Choix cornélien : ou je passais pour une fumiste et je perdais toute crédibilité , ou j’avouais ma faiblesse et j’avais l’air d’une truffe.

         Ayant opté pour la seconde solution, je chargeai la stagiaire au  maximum —  ce qui, vu le tour pendable qu’elle m’avait joué, me fit plutôt plaisir, et captiva mon auditoire.

         Après quoi, je m’enquis, selon mon habitude :

         —Avez-vous encore des questions à poser ?

        Quelques doigts se levèrent ; je désignai l’un d’eux.

         — Oui ?

         — M’dame, si c’est pas vous qui écrivez vos livres, pourquoi vous les signez, alors ?

        

          Voilà qui était frappé au sceau du bon sens !

 

 

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
7 juillet 2014 1 07 /07 /juillet /2014 22:24

                                                          A bicyclette 

 

       Ma première performance à vélo remonte à la fin des années cinquante. C’était au bord de la mer du Nord, à Westende, plus précisément. Je n’oublierai jamais le sentiment de liberté que me procuraient la vitesse et le sifflement du vent à mes oreilles ; une sorte d’ivresse qui s’acheva brutalement dans la carriole de la marchande de crevettes.

         L’engueulade qui suivit, et la centaine de crevettes ramassées une à une, je ne les oublierai pas non plus.

         Ma dernière performance à vélo s’acheva, elle, à Amsterdam, en 1995, dans un groupe de touristes allemands sur lesquels, perdue dans mes pensées,  je fonçai sans crier gare. En manière d’excuses, je prétendis que mes freins avaient lâché. C’était un mensonge.  Les touristes m’engueulèrent, mais, par bonheur, je ne dus pas les ramasser ; ils se débrouillèrent très bien tout seuls.

         Entre ces deux incidents, un nombre assez redoutable de chutes, collisions, plaies, bosses et impacts divers. Néanmoins, bravant le danger, je m’obstinai. Aujourd’hui, largement sexagénaire, force m’est de me rendre à l’évidence : je ne suis  pas douée pour cette discipline. La marche à pied, finalement, c’est très sympa. Ou alors, la moto, mais derrière un motard.  

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 21:26

                                                         Contraception

 

         Quand Frédéric eut l’âge de lutiner les filles, je décidai de me conduire en mère responsable. Forte de ma propre expérience, j’achetai une boîte de Taro cap (ces demi-capsules dégradables, tapissées de gelée spermicide, très prisées dans les seventies comme alternative au préservatif. « Un contraceptif discret, d’un emploi  facile, et efficace à 98% » assurait la notice.) Je rangeai la boîte dans le placard de la salle de bains, puis j’appelai mes fils — les deux,  pour ménager la pudeur de l’aîné — et leur expliquai de quoi il retournait, avant de conclure :

         — Si un jour vous en avez besoin, vous savez où ça se trouve. Inutile de m’en parler, c’est votre vie intime. Mais montrez-vous dignes de ma confiance ; je n’ai aucune envie d’être grand-mère avant l’heure !

         La « leçon » terminée, les garçons s’esquivèrent, et  je passai à autre chose, assez satisfaite de mon initiative.

         Il n’en fut plus question durant des mois, voire des années. De temps à autre, je m’assurais qu’il restait des capsules dans la boîte. Leur nombre diminuait lentement mais sûrement, à un rythme que j’estimais tout à fait raisonnable — d’autant qu’Alex et moi en usions quelquefois, quand je tombais en rade de pilules. C’est à cette occasion, d’ailleurs, que je vérifiai la date de péremption.

         Elle était largement dépassée.

         Une montée d’adrénaline me coupa les jambes.

         Rompant la loi du silence que j’avais moi-même instaurée, je m’ouvris de mes inquiétudes à Frédéric. Dès les premiers mots, il éclata de rire.

                — Tes roudoudous ? T’en fais pas, j’y ai jamais touché. D’ailleurs, j’ai pas de copine.

                  — Mais… il en manque plusieurs.

  Je les ai filés à un pote.

  Il n’a pas eu de problème ?

  Non.

  Sûr ?

  Il me l’aurait dit, tu penses !

          Bon, apparemment, ma négligence n’avait pas eu de fâcheuses conséquences . Je poussai un soupir de soulagement,  puis m’empressai de renouveler le stock, en me promettant d’être désormais plus vigilante.

 

                Ma fille Mélanie naquit neuf mois plus tard.

 

 

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
5 juillet 2014 6 05 /07 /juillet /2014 22:05

                                           Les joies de la gastronomie

 

         A la même époque, avec les copines, nous avions créé un code linguistique. Entre autres gaudrioles, « Bouffer des escargots » signifiait « embrasser un garçon », et si on ajoutait « à l’ail », le message était clair : le Don Juan avait mauvaise haleine. Que de pauvres gamins, convaincus d’être irrésistibles, furent ainsi la risée de pécores surexcitées, pour avoir oublié de se brosser les dents !

         L’impunité que nous conférait ce code secret nous donnait toutes les audaces, si bien qu’un beau jour, au début du cours de flamand, je lançai à Claire, ma meilleure amie :

         — Alors ? Ta soirée d’hier s’est bien passée ?

  Super, répondit-elle. J’ai bouffé une tonne d’escargots.

  A l’ail ?

  Non, heureusement. 

  Vous n’aimez pas les escargots à l’ail ? intervint Sœur Godelieve, qui causait volontiers avec ses élèves. Vous avez tort, c’est délicieux : moi, j’en raffole.

  On mange ce genre de truc dans les couvents ? m’étonnai-je, faussement candide, tandis que la classe se tordait de rire.

  Dans les grandes occasions, oui. Quand monseigneur  l’évêque est venu inaugurer la chapelle, par exemple. C’est un fin gastronome, vous savez !    

         Cette remarque anodine mit fin à la conversation, nous épargnant de justesse des confidences salaces — ou que nous eussions interprétées comme telles. En revanche, les mœurs de Sœur Godelieve donnèrent lieu, désormais, à des plaisanteries d’un goût douteux qui firent les beaux jours de l’Institut Sainte Thérèse jusqu’à la fin de l’année scolaire.

 

 

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
4 juillet 2014 5 04 /07 /juillet /2014 23:01

                                                  La ménopause des nonnes

 

       En dépit de leur statut virginal, les religieuses, comme tout(e) un(e) chacun(e), sont victimes de la ménopause. Sœur Godelieve, professeur de flamand en quatrième latine, ne faisait pas exception à la règle ( !) Durant les cours, on la voyait de temps à autre devenir cramoisie, puis s’éventer avec son carnet de notes.

         — Ouvrez la fenêtre, je suis en chaleur ! s’écriait-elle alors.

         A l’évidence, certaines subtilités de la langue française lui échappaient, ce qui nous faisait glousser comme un troupeau de pintades. Jamais les cours de flamand n’ont été autant appréciés que cette année-là, à l’Institut Sainte Thérèse, pension pour jeunes filles catholiques.

 

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 23:07

                                                      Rumeur d’outre-tombe

 

         Zoé, ma chienne chérie, était morte quelques jours plus tôt, à l’âge canonique de vingt-et-un ans. Une affection très douloureuse de la vessie m’ayant obligée à la faire piquer, j’avais toujours dans les oreilles les hurlements de souffrance qui accompagnaient chacune de ses mictions.

         Ce jour-là, je m’apprête à me coucher quand un bruit éclate dans la salle de bains attenante à ma chambre. Une sorte de hululement pathétique, effroyablement familier, qui me fige sur place.

         Au cri que je pousse, Michel accourt.

— Je viens d’entendre Zoé, balbutiai-je d’une voix tremblante

Il se précipite dans la salle de bains, ne constate rien d’anormal, ouvre la fenêtre ; pas de chien dans la rue 

  Tu as dû rêver, me dit-il

Je lui affirme que non.

— Que s’est-il passé exactement ? reprend-il, en me réconfortant de son mieux. Tâche de te souvenir.

                  — Je me suis lavé les dents, j’ai été aux toilettes, puis  j’ai tiré la chasse…

                  Tandis que je parle, il reproduit mes gestes à l’identique. Et le même hululement s’élève à nouveau.

                — Ah ! Tu vois bien que ce n’était pas une hallucination ! soufflai-je, transie d’effroi.

                 Non, juste la bonde coincée qui, en empêchant l’eau de s’écouler normalement,  produit ce lugubre son. Un son qui m’a, durant quelques instants, donné le sentiment de perdre les pédales.  

              On ne se méfie jamais assez de la plomberie !

 

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 23:44

                                                                La casquette

 

         Miracle de la chimio : j’étais chauve comme le mont du même nom (ou comme la cantatrice d’Ionesco, au choix). Afin de cacher cette disgrâce, je portais une casquette que je ne retirais jamais en public ; j’aurais eu l’impression de me déculotter.

         Michel, rôdé à mes phobies par un an de vie commune, connaissait cette pudeur excessive, si bien que ce jour-là, lorsqu’il vit une casquette à terre, devant le supermarché où je venais d’entrer, eut-il le réflexe de la ramasser.

         Un cri indigné l’arrêta, ainsi qu’un bruit de piécettes dégringolant sur le bitume.

         Tout confus, il reposa la chose où il l’avait trouvée.

         — Excusez-moi, dit-il au SDF dont il avait failli, bien malgré lui, subtiliser la recette. Ma femme a la même, et elle y tient beaucoup. J’ai cru que c’était la sienne.   

         L’instant d’après, il me rejoignait,  hilare, au rayon des légumes.

         Quand, les courses terminées, nous sortîmes du magasin, il ne manqua pas de faire voir mon couvre-chef à sa « victime », et, pour preuve de sa bonne-foi, ajouta trois euros dans la fameuse casquette.

 

 

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 23:42

                                                    Humiliation


       — M’maaan, viens vite,  y a du sang dans mon caca ! 

         Ma mère accourt, inspecte d’un œil critique le contenu du pot, puis éclate de rire.

        — Mais non, ma chérie, c’est de la tomate. Tu as mangé de la salade de tomates, hier, rappelle-toi.

         Vexée comme un pou, je cours bouder dans ma chambre.

         Marre de ces parents qui cherchent toujours à me rabaisser !

 

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 22:25

                                                                     Foufoune

 

         Les petits noms tendres, il n’y a rien de plus ridicule — ou de plus adorable, selon l’angle où l’on se place. J’avais pris l’habitude, allez savoir pourquoi, de surnommer ma fille « Foufoune ». Elle avait alors une vingtaine d’année et travaillait comme maquettiste dans un journal d’humour (ce qui, malheureusement — mais honnêteté oblige !) amoindrit la portée du gag.

         Un jour où elle est censée être seule au bureau, je l’appelle ; une voix féminine me répond. Et moi, sans réfléchir :

         — C’est toi, ma Foufoune ?

         La dame s’étrangle au bout du fil et raccroche avec un «  Non mais dites donc, vous ! » qui me ravale direct au rang de satyre téléphonique (comme Michel Blanc dans Le père Noël est une ordure, oui, c’est tout à fait ça.)

         J’étais tombée sur la comptable, une quinquagénaire peu avenante qui faisait des heures sup’. 

          

 

 

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article

Qui Suis-Je ?

  • : Le blog de Gudule
  • Le blog de Gudule
  • : Gudule, écrivaine pour la jeunesse, surtout, et pour les adultes aussi un peu.
  • Contact

Ma bio et ma bibliographie...

Recherche

Archives

Catégories