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27 mai 2012 7 27 /05 /mai /2012 06:35

           

          Episode 10

   Résumé des chapitres précédents : nos amis nagent en plein marasme. Pas la moindre piscine de sperme à l’horizon. Afin de se donner du cœur au ventre, ils s’arrêtent dîner dans une petite auberge.

 

         — C’est délicieux, apprécia Zoé, en mordant à belles dents dans son boudin-purée. Dommage qu’il y ait cette odeur...

         — Quelle odeur ?

         — J’sais pas... Un truc un peu âcre qui flotte dans l’atmosphère.

         Sire Concis dilata les naseaux.

         — Tu as raison, ma foi ! On dirait de l’azote...

         — Du gaz carbonique, plutôt.

         — Non, pas exactement. Du butane, peut-être ? Y a une bonbonne qui fuit, dans les parages ?

         Il regarda suspicieusement autour de lui.

         — Ou alors, quelqu’un a pété. 

         — Ttttt, moi, je dirais que ça sent l’engrais chimique.

         — À moins que... Nous avons croisé un avion, tout à l’heure, souviens-toi. Si ça se trouve, il répandait de l’insecticide.

         Sans cesser de humer, Zoé secoua la tête avec circonspection.

         — Non, c’est autre chose. Plus familier, tu vois ? Plus quotidien...

         — Plus... professionnel ? traduisit Sire Concis.

         Ils échangèrent un regard troublé.

         — Du foutre ! s’exclamèrent-ils en chœur.

                                                                             (à suivre)

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26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 06:59

Edgar P. Jacobs

 Encore une histoire de dédicace. En cette anées 1953, une attraction peu banale attirait les foules au Salon de l’Enfance de  Bruxelles. Le dessinateur Edgar P. Jacobs réalisait « en direct » les planches du Mystère de la Grande Pyramide à paraître dans le journal Tintin. Et le dimanche après-midi, il dédicaçait ses albums.

         Les enfants qui n’en avaient pas (d’album) repartaient quand même avec un dessin, sur une feuille volante. J’étais de ceux-là, puisque tous les Blake et Mortimerde papa, ami de longue date, étaint déjà dédicacés.

         Je me glissai donc dans la file de gamins pour avoir mon dessin. Ça en valait la peine ! Car Edgar P. Jacobs ne se contentait pas de gribouiller un personnage vite fait, il le chiadait, le colorait sans dépasser, bref nous faisait cadeau d’un vrai petit chef d’œuvre !

         Après une bonne demi-heure d’attente, arriva mon tour. Et le maître me dit à voix basse :

         — Laisse ta place à quelqu’un d’autre, ma petite Anne. Toi, je t’en enverrai un à la maison.

         Je repartis donc, les mains vide, avec le sentiment d’être injustement punie. Et devant tout le monde, en plus ! Parole d’honneur, je ne me suis jamais sentie aussi frustrée !

         Deux jours plus tard, un dessin me parvenait par la poste. Je ne l’ai même pas regardé.

E.P.JACOBS-copie-1

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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 03:30

       Épisode 9

  Résumé des chapitres précédents : Zoé et Sire Concis survolent les piscines hollywoodiennes pour tenter d’y découvreir les deux mille tonnes de sperme disparues.

 

         Force leur fut, hélas, de se rendre à l’évidence, : pas plus de piscines de sperme que de cheveux sur un gland. Rien que de l’eau pure, à perte de vue. Le joli temps des drag queen’s était bel et bien révolu.

         — Triste époque, remarqua le dragon.

         — En attendant, nous avons fait fausse route, soupira Zoé. Et il ne me reste que vingt heures à peine pour tenir ma promesse.

         Elle en était, à l’évidence, très affectée.

         — Ne nous laissons pas décourager, la réconforta gentiment Sire Concis. Il existe d’autres contenants où peuvent se stocker de grandes quantités de liquide : des réservoirs, des containers, des cuves, des citernes, des puits...

         L’énumération ne fit qu’accroître le désarroi de Zoé.

         — Il y en a des milliers, que dis-je, des milliards, sur la planète,  s’écria-t-elle. Autant chercher une puce dans un océan de poils !

         Tout en admettant la justesse de la comparaison, le dragon refusa de se laisse rabattre.

         — Si nous allions casser la graine ? proposa-t-il. Cela nous remonterait le moral.

         Et, sans attendre la réponse, il atterrit près d’une charmante petite auberge. 

 

                                                                                                                                               (à suivre)


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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 06:51

Les iris

  Tantine était une as du jardinage. Elle adorait ses fleurs, et en particulier les splendides iris bleus qu’elle avait plantés dans sa pelouse. Quatre d’entre eux étaient déjà sortis, et elle ne tarissait pas d’éloge sur leur beauté, tout en guettant, avec impatience, l’éclosion des autres.

          Cette année-là, pour une raison que j’ai toujours ignorée, on m’avait inscrite à l’école du Thier-à-Liège. Or, dans les petites écoles de campagne sévissait alors une charmante coutume : les élèves offraient des fleurs à la maîtresse. Chaque jour ou presque, un nouveau bouquet trônait sur son bureau. Et celui ou celle qui  l’avait apporté recevait un baiser devant toute la classe.

         J’enviais ces privilégiés, aux parents si compréhensifs. Moi, jamais Tantine ne m’aurait permis de dépouiller ses parterres...        

 Je résistai, oh, une semaine au moins ! Puis un matin, n’y tenant plus, j’arrachai subrepticement les quatre iris et, le cœur battant, en fis cadeau à la maîtresse. Celle-ci m’embrassa, comme prévu, et posa mon bouquet à la place d’honneur.

         Quand je rentrai, à midi, je trouvai Tantine dans tous ses états. Elle m’interrogea, comme elle l’avait fait pour mes grands cousins, mais je niai, bien sûr, être l’auteur du forfait.

         — Tu n’as pas vu quelqu’un rôder dans le jardin ? insista-t-elle. Un voisin, par exemple ?

         Non, non, je n’avais vu personne. D’ailleurs les voisins avaient des fleurs chez eux, pourquoi seraient-ils venus couper les nôtres ? 

         L’affaire en resta là jusqu’au dimanche suivant, à la sortie de la messe. Sur le parvis de l’église, la maîtresse accosta Tantine.

         — Merci pour les fleurs, lui dit-elle. Elles étaient magnifiques !

         Ma tante blémit.

         — Des iris ? articula-t-elle d’une voix rauque. C’est Anne qui vous les a donnés ?

         Mais elle connaissait déjà la réponse.

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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 06:15

Episode 8

   Résumé des chapitres précédents : À cheval sur Sire Concis, le dragon à tête de nœud, Zoé Borborygme fend l’espace à la recherche des deux mille tonnes de sperme perdues.

 

         — Où m’emmènes-tu ? s’enquit Zoé, tout en louvoyant entre les nuages, agrippée au cou de son fier destrier.

         — À Hollywood.

         — ?

         — Réfléchis cinq minutes : quelle est la caractéristique des résidences de stars ?

         — Euh... le luxe ?

         — Oui, mais encore ?

         — Je donne ma langue au chat.

         — Des piscines. Or, que peut-on mettre dans des piscines ?

         — De l’eau ?

         — Oui, ou du lait, comme chez les patriciennes romaines, ou du sang, comme chez la comtesse Bartholdi, ou des dollars, comme chez Onc’ Picsou... ou... ou ?

         — Du sperme ?

         — Comme chez les drag queen’s décadentes de la fin du vingtième siècle, exactement. Alors, ma cocotte, ouvre l’œil et le bon !

         Sur cette recommandation Sire Concis piqua vers les villas dotées de piscines azuléennes, au bord desquelles gisaient des créatures de rêve en petite tenue.

 

                                                                                                                               (à suivre)


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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 06:50

L’exorciste

  Qui avait fourré dans la tête de ma mère, bigote notoire, que j’étais peut-être possédée par le démon ? L’une de ses sœurs, aussi bigote qu’elle ? Une voisine ? Le curé ? Toujours est-il que l’idée la travaillait.

         — Cette enfant est insupportable, se morfondait-elle à tout bout de champ. Elle désobéit, elle ment, elle répond...

         Et d’énumérer mes tares une à une : j’étais impertinente, désordonnée, raisonneuse ; je piquais des sous dans son porte-monnaie ; je ne voulais pas manger ma viande ; je me disputais avec mon frère...

         — Ce n’est pas normal, concluait-elle. Il faut la faire exorciser !

         J’ignorais le sens exact de cette menace, mais elle m’épouvantait. L’exorcisme devait être une chose abominable, une sorte de supplice inquisitorial comparable aux peintures du musée du Cinquantenaire, section Moyen-Âge. On y voyait, sur des retables, les tortures infligées aux suppôts de Satan : la roue, l’écorchement, l’énucléation, les brûlure au fer rouge, l’embobinage d’intestin...

         Bref, je vivais dans la terreur, avec cette menace suspendue, telle une épée de Damoclès, au-dessus de ma tête.

         Par chance, ma marraine, qui terminait l’école Normale, incita maman à me faire plutôt passer des tests. L’une de ses amies venait d’obtenir son diplôme de psychologue et ne demanderait pas mieux que de lui rendre ce service. Si quelque chose clochait, elle l’en informerait et il serait toujours temps d’aviser.

         Cette sage proposition recueillit tous les suffrages — sauf le mien, car la psy m’effrayait presque autant que le bourreau. Mais j’eus beau pleurer, supplier, promettre de devenir irréprochable, rien n’y fit. On me remit entre les griffes d’une jeune femme (au demeurant charmante) qui me posa des questions rigolotes, me fit faire de jolis dessins, des jeux, des bricolages, et au terme de la séance annonça à ma mère :

         — Votre fille est parfaitement équilibrée, elle a juste trop d’imagination. Tout le mal vient de là, mais rassurez-vous, ça s’arrangera en grandissant.

          Maman se contenta de cette explication, et le spectre de l’exorciste fut définitivement écarté. La science avait vaincu l’obscurantisme 
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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 07:08

     Épisode 7

  Résumé des épisodes précédents : Zoé s’est engagée à retrouver les deux mille tonnes de sperme, disparues de la banque. Modeste Legicleur lui propose de l’aider dans cette noble tâche.

 

         Il se passa alors une chose inouïe. Modeste Legicleur poussa un cri perçant et, dans un grand éclair, se transforma en un dragon cracheur de feu.

         Zoé tomba à la renverse mais, sa première stupeur passée, l’observa avec intérêt. Son physique lui était familier. Au bout de son long cou flaccide, il avait une vraie tête de nœud.

         — Pas mal, apprécia-t-elle en connaisseuse.

         — Merci. C’est là ma véritable apparence. Mon nom est Sire Concis. Modeste Legicleur n’était qu’un avatar.

         — Destiné à... ?

         — Toi. J’étais en panne sèche, il me fallait quelqu’un pour raviver ma flamme. Ce que tu fis de main de maître. Enfin... de maîtresse.

         Flattée, Zoé sourit.

         — À présent, reprit le dragon, monte sur mon dos. Deux mille tonnes de sperme ne s’évaporent pas comme ça, dans la nature. Où qu’elles soient, nous les retrouverons !

         Lors, déployant ses grandes ailes, Sire Concis  prit son envol vers l’horizon.

                                                                                                                                                     (à suivre)

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 07:16

daniel emilforkDaniel Emilfork

 En 1983, j’animais, sur Radio Libertaire, une émission intitulée « Le passe-temps des dames et des demoiselles » — titre piqué à la RTF des années cinquante, et, bien sûr, détourné de sa formule originale. Les thèmes abordés étaient rarement convenables, les invités fort peu conventionnels. On y parlait de cinéma X, de BD érotique, de fétichisme, de gaytude, de transsexualité... Bref, de tout ce qui, en ces temps reculés, était encore tabou, ou, du moins, transgressif. 

Le studio se trouvait sur la bute Montmartre.

 En m’y rendant, ce jour-là, j’étais très embêtée. Qu’allais-je bien pouvoir raconter à mes auditeurs ? Jean Rollin, mon invité, s’était décommandé à la dernière minute, et je n’avais pas prévu de sujet de secours.

Perdue dans mes pensées, je monte les escaliers longeant le funiculaire quand, subitement, je me retrouve nez à nez avec Daniel Emilfork — le fabuleux Dubois du Casanova de Fellini, oui, lui-même en personne. L’Hendrik de Pirates. L’épouvantable Krank de La Cité des Enfants Perdus...

Quel choc !

En un éclair, je réalise que le destin vient de mettre sur ma route l’invité idéal. Vais-je laisser passer cette aubaine ? Allez, Gudule, de l’audace ! Propose-lui une interview en direct !

Je prends mon courage à deux mains, j’ouvre la bouche... et me contente de sourire bêtement. Sourire que Daniel Emilfork me rend au centuple. Puis il passe son chemin, moi le mien. Nous nous retournons au même moment ; re-sourire mutuel mais toujours sans paroles. Si je m’écoutais, je me mordrais.

Furieuse contre moi-même, je parviens au studio, et sur le seuil, croise l’animateur de l’émission précédente, un grand blond que je ne connais que de vue.

 — J’ai rien préparé, lui soufflai-je, en panique. Tu ne veux pas me filer un coup de main ?

Par chance, outre ses activités bénévoles à la radio, il est régisseur au théâtre de dix heures. Et les coulisses du Pigalle nocturne sont pleines d’anecdotes croustillantes... Nous improvisons donc une sympathique émission, au terme de laquelle on va boire un coup au bistrot du coin.

Mon sauveur s’appelle Sylvain. Ce sera notre tout premier tête-à-tête. 

 

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19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 06:55

Épisode 6

   Résumé des épisodes précédents : La menace d’un trayeuse électique contraint Zoé à se lancer au plus vite dans son enquête.

 

         «  Cette fois, le vin est tiré, il faut le boire », se disait Zoé, en s’activant distraitement sur la personne de Modeste Legicleur.

         —Tu n’es pas à ton affaire, lui fit remarquer tendrement ce dernier. Aurais-tu des soucis ?

         — J’ai pris un engagement... Et je ne sais pas comment le tenir !

         — À pleine main, ça ira.

         — Je parlais de mon engagement. Aurais-tu une idée pour me sortir de ce merdier ?

         Elle lui fit un récit détaillé des cinq épisodes qui précèdent.

         — L’ennui conclut-elle, c’est que je ne sais pas par où commencer...

         — Commence d’abord par me finir, ensuite j’en ferai mon affaire.

         — De mes deux mille tonnes ?

         — De tes deux mille tonnes.

         Zoé eut un sourire las.

         — J’y ai bien pensé, mon pauvre chéri : tu es tout ce que j’ai sous la main pour l’instant. Mais hélas, sortir une telle quantité de liquide, même en plusieurs fois, n’est pas dans tes moyens.  Déjà,  pour t’extirper trois goutte, je peine comme une forcenée !

         — Détrompe-toi, répondit Modeste Legicleur d’une voix étrange. J’ai la capacité de t’aider, et je vais te le prouver sur l’heure !

 

                                                                                                                               (à suivre)

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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 06:34

Tintin

  Mon père étant ami et collaborateur d’Hergé, nous possédions la totalité de ses albums — en particulier ceux en noir et blanc, datant des années 30/40. Ils étaient tous agrémentés d’une dédicace et d’un petit dessin original. Si cela leur conférait une valeur certaine, je n’en avais pas conscience. Papa non plus, sans doute, puisqu’il m’en laissait l’usage exclusif. C’étaient « mes » tintins, au même titre que « mes » bécassines, « mes » spirous, « mes » mickeys, « mes » semaines de Suzette.

         En grandissant, je me découvris une véritable passion pour la lecture, et délaissai les BD au profit de « vrais » livres. Je dévorai tous ceux qui étaient à la maison avant de me tourner vers une mine intarissable : la bouquinerie de madame Delcourt.

         Toute mes économies y passèrent. Mais que représentaient-elles, face à l’immensité de mon désir ? Il m’en aurait fallu cent fois, mille fois plus pour combler ma fringale de lecture... Me vint alors une idée lumineuse : si je proposais un échange à madame Delcourt ? Mes tintins contre des romans.

         Ni une ni deux, je les fourrai dans mon cartable et les lui apportai. Elle les feuilleta d’un air critique.

         — Ils ne sont pas en très bon état, remarqua-t-elle. Et puis, ils sont dédicacés. C’est difficile à vendre...

         — On n’a qu’à arracher les pages !

         Joignant le geste à la parole, je saisis l’un des feuillets litigieux, mais elle m’arrêta dans mon élan.

         — Inutile de les abîmer, je n’en veux pas.

         Très déçue, je remballai mes albums et retournai chez moi, la rage au cœur.

         «  Quelles vieilles merdes ! » pensai-je, en les re-fourrant pêle-mêle sous mon lit. 

         Aujourd’hui, ils valent une fortune. 

dédicace Hergé 1945

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