Gudule, écrivaine pour la jeunesse, surtout, et pour les adultes aussi un peu.
Les citations dangereuses
Mon enfance bruxelloise a été bercée par « Les aventures de Bob et Bobette », de Willy Vandersteen, bandes dessinées populaires typiquement belges. En adepte passionnée, je répétais volontiers les « potferdeke », « zwanzeur » et autres belgicismes dont usaient ses héros.
Or, ce langage fleuri s’émaillait également d’insultes pittoresques. Dans Lambiorix, roi des Éburons, par exemple, Bob décochait à Monsieur Lambique un « ours mal léché ! » qui me ravissait. J’adorais l’image, sans en saisir, bien sûr, la portée vexatoire. De sorte qu’un jour de promenade, je ne trouvai rien de mieux que de la balancer à oncle Doudou qui m’avait, par inadvertance, bousculée. Aussi sec, il me flanqua une claque magistrale en vociférant « qu’il n’allait pas se laisser injurier par une gamine ».
Ma tante, qui tout d’abord s’était interposée, reconnut qu’en effet, se faire traiter d’ours mal léché par une petite fille de sept ans, c’était inacceptable. Elle m’obligea donc à lui demander pardon — ce qui m’humilia d’autant plus que j’estimais, à juste titre, n’avoir rien à me reprocher.
Dès lors, je me jurai d’éviter, désormais, toute référence culturelle devant les imbéciles. Je ne l’ai jamais regretté.