Gudule, écrivaine pour la jeunesse, surtout, et pour les adultes aussi un peu.
La Pomponnette
Ma mère, comme la plupart des gens de sa génération, ne jurait que par Marcel Pagnol. Aussi, lorsque « La femme du boulanger » passa à la télé s’empressa-t-elle de m’avertir, pour que nous partagions ce spectacle en famille.
Vint la célèbre tirade où Raimu, s’adressant à la chatte fugueuse, l’agonit de vibrants reproches (destinés, en fait, à sa très jeune femme, partie l’avant-veille avec un amant.) Or, cette séquence métaphorique, censée émouvoir les foules, eut sur ma mère l’effet inverse. Se dressant subitement dans son fauteuil :
— C’est bien fait pour toi, vieux cochon lubrique ! lança-t-elle en direction de l’écran. Tu n’avais qu’à épouser quelqu’un de ton âge au lieu de fricoter avec une gamine. Etre cocu, c’est tout ce que tu mérites !
L’invective nous laissa cois, mon père et moi. Mais à la réflexion, n’était-elle pas justifiée ? Ces mots-là, maman les ruminait en boucle depuis la fameuse demande en mariage. Il fallait à tout prix qu’ils sortent. Le machisme de Pagnol, en canalisant sa colère, m’évita peut-être une claque magistrale, qui sait ? Et à elle, un ulcère à l’estomac ou une rupture d’anévrisme.
Ainsi pris-je conscience de la capacité défoulatoire de la fiction. Comme quoi, un bon auteur vaut un psychanalyste !