Gudule, écrivaine pour la jeunesse, surtout, et pour les adultes aussi un peu.
La foire aux illusions
Courant 70, je commençai, de temps à autre, à signer dans Charlie hebdo des articulets rigolards et grinçants. La gloire, pour une petite Belge émigrée du Liban (et, faut-il l’avouer ? pas follement débrouillarde) !
Or, un jour, que vis-je fleurir sur les murs de Paris ? De grands GUD, taggés à la bombe. Or, Gud, c’était le diminutif que me donnait Alex...
— Tu crois que ce sont mes lecteurs qui ont écrit ça ? lui demandai-je, le cœur battant.
Aussi ignare que moi en politique, il supposa que oui et m’en félicita. Ce qui me conforta dans ma douce illusion. Si bien qu’en arrivant aux éditions du Square, je claironnai, toute fiérotte :
— Vous avez vu ces GUD marqués un peu partout ?
— Oui, c’est vraiment le mouvement d’extrême-droite qui monte, répondit distraitement Choron. Des violents, en plus. Des activiste de merde qui ne reculent devant rien.
— Le Groupe Union Défense ? intervint Odile, sa femme. Ah ouais, ça craint. Cavanna le descend dans le prochain numéro.
J’ai opiné d’un air niais, les mains glacées.