Gudule, écrivaine pour la jeunesse, surtout, et pour les adultes aussi un peu.
MAUVAIS SCÉNAR
Sur ces entrefaites, l’hôpital nous « libéra ». Devant mes demandes réitérées, le chirurgien, estimant sans doute mon milieu familial plus restructurant que l’environnement hospitalier, s’était laissé convaincre. Castor me ramena donc chez moi le samedi suivant, avec armes et bagages.
Une triste nouvelle m’y attendait : l’un de mes copains, un gosse de vingt-cinq ans rayonnant de joie de vivre, avait succombé trois jours plus tôt à un accident de bucheronnage, en forêt. Tout le village assistait à son enterrement.
Là, le mauvais scénar devenait franchement merdique. A tel point que, de prime abord, je refusai d’y croire. Mais le glas qui sonnait me mit les points sur les « i ». Et aussi le fait que les rues soient vides, puisque tout le monde était au cimetière…
D’autre détails — même s’ils semblent dérisoires en regard de ce drame — vinrent, si besoin était, étoffer mon « Mauvais scénar » (qui, d’ailleurs ne vit jamais le jour) : ma maison puait. Le café au lait, dont je me gavais d’habitude, était devenu d’une amertume insoutenable. Une tornade semblait avoir balayé mes placards dans lesquels je ne retrouvais rien. Quant au temps… ah là là, le temps ! Ce mois de juin, avec ses faux airs de Toussaint — crachin, ciel nuageux, vent glacial, lumière morne — s’inscrivait dans la continuité de l’éprouvant hiver qui durait depuis neuf mois. Une morte saison en plein été, dans la région censée être la plus chaude de France…