Gudule, écrivaine pour la jeunesse, surtout, et pour les adultes aussi un peu.
L’oreille qui fit courir les foules
Vous connaissez, bien sûr, le célèbre tableau « L’Homme à l’oreille coupée », de Vincent Van Gogh. Cette toile, réalisée en 1888, est considérée comme l’un de ses chefs d’œuvre.
En 1935, quarante-cinq ans après la mort de l’artiste, le conservateur du Musée d’art moderne de New-York, Hugh Troy, décide qu’il est temps de lui rendre hommage. La France reconnaît déjà son talent depuis une vingtaine d’années, mais pour la plupart des Américains, Vincent Van Gogh est encore inconnu. Qu’à cela ne tienne : Hugh Troy va leur permettre de le découvrir. À grands frais, il fait venir d’Europe une certain nombre de peintures qu’il présente fièrement au public new-yorkais. Hélas, malgré tous ses efforts, la « mayonnaise ne prend pas », comme on dit. Les visiteurs sont rares, les critiques déplorables... bref, c’est le flop complet.
Or, « L’Homme à l’oreille coupée » fait partie des toiles exposées. Son thème inspire une idée de génie à Hugh Troy. Dans un vieux morceau de cuir, il sculpte une oreille à l’aspect « momifié », d’un réalisme surprenant. Puis il fait passer un communiqué dans la presse, racontant en détails l’automutilation du peintre, et annonçant que le musée a obtenu, après de longues transactions, le droit de montrer la précieuse oreille.
Aussitôt, c’est la ruée. Tous les New-yorkais veulent admirer cette relique morbide. On se bouscule devant la vitrine où elle trône, toute racornie, sur un coussin de velours bleu. Et les articles élogieux pleuvent, dans la presse locale...
C’est grâce à ce subterfuge, pas très honnête, peut-être, mais ingénieux, que Vincent Van Gogh devint célèbre aux USA. Aujourd’hui, les plus grands financier d’outre Atlantique s’arrachent ses œuvres à prix d’or. « Les Tournesols », considéré comme le tableau le plus cher au monde, a atteint, il y a une vingtaine d’années, la somme faramineuse de 52 millions de dollars.