Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 août 2014 5 22 /08 /août /2014 23:24

                                                  L’ordinatueur

       (Titre emprunté sans vergogne à Christian Grenier qui, je l’espère, ne m’en tiendra pas rigueur.)

 

         Telle que vous me voyez là, mes amis, j’ai tué. Non point le temps, comme on pourrait le croire en lisant mes sornettes, mais une dame virtuelle dont j’avais tout à craindre.

         C’était le début des années 80. J’avais dégoté un boulot de secrétaire  chez un gourou brésilien qui organisait, entre Paris et Rio, des stages de méditation transcendantale pour gens de la haute. Je n’étais, bien entendu, pas conviée à ces week-ends, réservés aux stars, chefs d’entreprise, hommes politiques et autres névrosés pétés de thunes (la nièce de Mitterrand, entre autres) qui constituaient son fond de clientèle. Mon rôle consistait à gérer ses fichiers et à décrypter, en prévision d’un futur livre, ses conférences enregistrées sur magnéto.

         Je passais donc huit heures par jour devant son ordinateur, dans son loft de Beaubourg, un sixième étage moquetté de blanc, avec vue imprenable sur le centre Pompidou.

         Or, dans la liste de ses adeptes se trouvait une personne dont le nom me troubla. Elle s’appelait Sylvie Forêt…

          Etait-ce l’atmosphère de l’appartement qui me perturbait ? Mes efforts pour gérer l’outil informatique encore mal maîtrisé ? Ou fus-je soudain victime d’un délire parano ? Je ne saurais le dire, mais toujours est-il que cette créature bucolique se mit à m’obséder de manière insensée. Je pensais à elle nuit et jour, lui inventais mille visages, mille séductions, mille pouvoirs retors.   

         « Si un jour elle croise la route de Sylvain (dont le nom de famille était « Montagne » NDLA), ce sera forcément le coup de foudre », me répétais-je sans cesse.

         Une telle osmose patronymique ne pouvait être gratuite. De toute éternité, les lois de la nature prédestinaient cet homme à cette femme et vice-versa… 

         « OK, mais qu’est-ce que je fais, moi, dans c’t’affaire , hein ? Je me laisse détruire, les doigts dans le nez ? Non mais sans blague…»

          

         Lorsque Sylvie Forêt disparut du fichier, mon soulagement fut tel que j’en pleurai. J’avais supprimé ma rivale, eh oui. D’un simple clic,  je l’avais rendue au néant. Plus jamais elle ne recevrait les brochures publicitaires de son gourou, et pour ce qui était des stages exotiques, elle pourrait désormais s’en faire des papillotes.

        

        

Partager cet article

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article

commentaires

Gudule 23/08/2014 19:59

who pinaise ! C'est tout moi, cette Rose-là ! Monsieur Pierre-Yves, votre érudition en matière religieuse m'émerveillera toujours !

Pierre-Yves Delarue 23/08/2014 19:43

Rose naquit à Lima, au Pérou, le 20 avril 1586, et reçut au Baptême le nom d’Isabelle. Sa mère, penchée sur son berceau, ayant cru apercevoir une rose épanouie sur son visage, s’écria : "Désormais,
tu seras ma "Rose", changement de nom qui fut confirmé par la Sainte Vierge dans une vision qu’eut plus tard la jeune fille.

La vie de cette petite Sainte a été une suite ininterrompue de souffrances volontairement acceptées et héroïquement supportées. Dès son bas âge, Rose comprit que la vraie sainteté consiste avant
tout à accomplir ses devoirs d’état. Une source de difficultés lui vint de concilier l’obéissance à ses parents avec la fidélité aux appels intérieurs dont le Ciel la favorisait. Elle s’ingénia à
trouver le moyen d’obéir à la fois à Dieu et à sa mère. Décidée à ne chercher à plaire à personne qu’à Dieu, elle portait néanmoins une couronne de fleurs imposée par sa mère ; mais elle sut y
cacher à l’intérieure une aiguille qui faisait de cet ornement un instrument de supplice.

À l’exemple de sainte Catherine de Sienne, Rose se voua à une vie de pénitence. Dès son enfance, elle s’exerça au jeûne et put le pratiquer à un degré héroïque. Elle ne mangeait jamais de fruits. À
six ans, elle jeûnait le vendredi et le samedi. À quinze ans, elle fit voeu de ne jamais manger de viande. Plus tard, elle ne mangea qu’une soupe faite de pain et d’eau, sans sel ni autre
assaisonnement. Toutes les nuits, elle se frappait cruellement avec des chaînettes de fer, s’offrant à Dieu comme une victime sanglante pour l’Église, l’État, les âmes du purgatoire et les
pécheurs. Non contente du lit de planches sur lequel elle reposa longtemps, elle se fit un lit avec des morceaux de bois liés avec des cordes ; elle remplit les intervalles avec des fragments de
tuiles et de vaisselle, les acuités tournées vers le haut. Rose coucha sur ce lit pendant les seize dernières années de sa vie.

La vraie sainteté ne réside pas dans la pénitence du corps, mais dans celle du coeur, qui est impossible sans l’humilité et l’obéissance. Toutes les austérités de Rose étaient soumises à
l’obéissance ; et elle était toujours prête à tout abandonner. On s’étonnera que ses directeurs aient pu approuver dans une si frêle enfant d’aussi cruelles macérations ; mais il faut savoir que
chaque fois que des confesseurs voulurent s’y opposer, il en furent empêchés par une lumière intérieure.

Toute la personne de Rose, défigurée par la pénitence, attirait l’attention du public et la faisait vénérer comme une Sainte. Désolée, elle eut recours à Dieu, afin que ses jeûnes n’altérassent pas
les traits de son visage. Chose admirable ! Elle reprit son embonpoint et ses vives couleurs ; ses yeux se ranimèrent. Aussi arriva-t-il qu’après avoir jeûné tout un Carême au pain et à l’eau, elle
RENCONTRA des jeunes gens qui se moquèrent d’elle en disant : "Voyez cette religieuse si célèbre par sa pénitence ! Elle revient sans doute d’un festin. C’est édifiant, vraiment, en ce saint temps
!" Rose en remercia Dieu.

La charité de Rose pour le salut des âmes était en proportion de son amour pour Jésus-Christ. Elle ressentait une poignante douleur en pensant aux âmes qui se perdent après avoir été si chèrement
achetées. Elle pleurait sur le sort des Chinois, des Turcs, et des nombreuses sectes hérétiques qui désolaient l’Europe.

Rose mourut le 24 août 1617, à l’âge de trente et un ans.

J.-M. Planchet, Nouvelle Vie des Saints, p. 345

Edifiant, non ?

Pierre-Yves Delarue 23/08/2014 19:01

Sans aucun rapport avec ce qui précède, aujourd'hui c'est la sainte Rose !
Alors bonne fête Rose, et gros bisous !
P-Y et MDo

Gudule 23/08/2014 17:56

va savoir, Tororo. Ces gourous sont capables de tout

Tororo 23/08/2014 16:35

Elle devait être sacrément bizarre, l'atmosphère de cet appartement (quelque chose qu'il mettait dans l'encens, peut-être?.

Qui Suis-Je ?

  • : Le blog de Gudule
  • Le blog de Gudule
  • : Gudule, écrivaine pour la jeunesse, surtout, et pour les adultes aussi un peu.
  • Contact

Ma bio et ma bibliographie...

Recherche

Archives

Catégories