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24 août 2014 7 24 /08 /août /2014 19:29

                                                    Radio libre (bis)


         Avril 1983 vit naître ma troisième émission : Voulez-vous BD avec moi ?  Foin des chansons paillardes et autres gaudrioles, il s’agissait, cette fois, d’interviews en bonne et due forme. Les meilleurs bédéistes du moment se succédèrent dans le studio, y abandonnant souvent, telle une poule son œuf, quelque petit dessin gribouillé sur un coin de table, tandis que nous causions à bâtons rompus — ce qui enrichit de façon substantielle ma collection d’originaux. Margerin,  Petit-Roulet, Shlingo, Ucciani, Serge Clerc, Lefred-Thouron, Siné, Loisel, Ted Benoît, Lucques, Cabanes vinrent tour à tour confier à nos chers zauditeurs, les secrets de leur réussite.

         Or, vu l’essor de la BD en ces années bénies, je n’étais pas la seule à en faire mes choux gras. Deux autres animateurs, Sylvain et Sylvestre,  proposaient, dans un créneau horaire différent, une émission de la même veine : By Jove ! (émission dont j’ignorais tout, car dans ma lointaine banlieue, on ne captait pas Radio Libertaire).

         Ce jour-là, j’avais invité — non sans arrière-pensée — Philippe P. , une étoile montante dont j’appréciais « la patte » tout autant que le charmant sourire. Et comme c’était souvent le cas, nous avions déjeuné ensemble, histoire de préparer plus ou moins l’émission. Force m’est d’avouer, à ma grande honte, que durant le repas, je m’étais lâchée. Moi qui ne buvais jamais, j’avais noyé mon trouble dans un petit muscadet  qui chatouillait la langue et faisait battre le cœur. En gros, j’étais pompette. Mais pas qu’un peu, hein ! Pas juste légèrement grise ! Non, non, je me fendais la gueule comme une vraie lamproie, et chaque mot m’était prétexte à m’esclaffer.

         Allez animer une heure d’interview, dans ces conditions ! Surtout face à un invité qui n’en menait pas large.  (Ai-je omis de préciser que c’était un grand timide ? )

         Très vite, je compris que ce serait impossible. A peine ouvrais-je la bouche que j’explosais de rire, tandis que le malheureux, incapable de répondre à mes questions gloussantes,  se ratatinait sur sa chaise.

         C’est là que Zorro est arrivé. Oui, les miracles existent, j’en suis la meilleure preuve.

         On sonna à la porte. Profitant d’une plage musicale, je courus ouvrir. C’était Sylvain.

         — Ah, tu tombes à pic, toi ! m’écriai-je. J’ai trop picolé, ce midi, et je suis incapable de faire mon émission. Tu ne veux pas me remplacer ?

         Sylvain se mit à rire.

         — J’avais compris, figure-toi. Suffisait de t’écouter ; c’est pour ça que je suis venu. Le problème, c’est que je ne connais pas du tout le travail de Philippe. Pour l’interviewer, ça va être coton !

         Ce le fut, certes, mais Sylvain s’en tira comme un chef. Il nous mitonna aux petits oignons une impro digne d’une diva des ondes.  Du coup, le soir venu, je le ramenai chez moi pour terminer la bouteille de muscadet — et la nuit par la même occasion.
         Désolée pour ceux que ça choque, mais je suis comme ça, moi :  quand on m’éblouit, je ferme les yeux.

  

 

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Published by Gudule - dans Mezzé
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Pata 30/12/2014 10:04

Hé oui, boire ou conduire une interview ; il faut choisir ;)

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