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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 06:44

Mademoiselle

         Au dernier étage de notre maison, il y avait Mademoiselle. Une vieille locataire qui occupait déjà cette chambre avant l’arrivée de mes parents, et qu’ils avaient gardée « par charité chrétienne ». La pauvre créature, cantonnée dans son antre, ne voyait jamais personne. Elle ne sortait de chez elle que pour aller aux toilettes ou chercher de l’eau, sur le palier. Lorsque nous la croisions dans l’escalier, glissant, tel un fantôme, sur ses charentaises élimées, elle nous saluait d’un hochement de tête puis continuait son chemin, sans un mot.

         Cette solitaire m’intriguait beaucoup. Je mourais d’envie de mieux la connaître, mais c’était interdit. Maman, craignant sans doute qu’elle ne devienne envahissante, avait émis ce décret incontournable : aucune relation entre nous, hormis le « bonjour, bonsoir » réglementaire*.

         Pourtant, un soir, le miracle se produisit. Pour une raison que j’ignore, mes parents et mes frères, devant s’absenter quelques heures, me laissèrent seule à la maison.

         — Nous ne rentrerons pas tard, avait dit maman en me mettant au lit. J’ai prévenu Mademoiselle : si tu as un problème, va toquer à sa porte.

         Ce n’était pas tombé dans l’oreille d’une sourde. Justement, un orage couvait. Bien que je n’aie jamais eu peur de la foudre, le prétexte était tout trouvé ! Au premier coup de tonnerre, je courus me réfugier chez notre locataire qui m’accueillit à bras ouverts, ravie de me « réconforter ».

         Je passai, là-haut, un moment délicieux. Elle me fit asseoir près du poële à charbon, me donna des jujubes, me montra des images pieuses, et surtout, me raconta son histoire. La veille de son mariage — et bien que les bans soient déjà publiés —, son fiancé avait été appelé sous les drapeaux où il était mort. Etant donné les circonstances, l’Etat lui avait alloué une petite pension de veuve de guerre. Depuis, elle vivotait dans ses souvenirs, avec, pour unique compagnie, le portrait d’un militaire posé sur sa commode...

         Quand je regagnai mon lit, ma fibre romantique était en émoi. J’avais de quoi nourrir mes rêves pour des années !

         Suite aux révélations de Mademoiselle — dont je gardai scrupuleusement le secret —, une connivence naquit entre elle et moi. Quand nous nous croisions, nous nous souriions. Et, désormais, en mon for intérieur, je l’appelai « Madame », comme le gouvernement. C’était bien le moins, n’est-ce pas, à un jour près !

 

       Jamais mes parents ne l’ont invitée à se joindre à nous, un soir de Noël, par exemple. Jamais ils ne l’ont conviée à un repas de famille, un goûter d’anniversaire, un petit apéritif. Leur charité chrétienne n’allait pas jusque là !


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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 11:32

Regardez donc ce que Jean-Marie David vient d'exhumer des archives du net ! Ma première chanson... Celle grâce à qui je m'appelle Gudule. Ça se fête ! 

http://www.bide-et-musique.com/song/10528.html

10528.jpg

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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 06:17

Episode 67

          Résumé des chapitres précédents : Tapis dans l’ombre d’un bunker, nos héros attendent que l’armée de bébés bombarde les pollutions vivantes, à coups de missiles à têtes nucléaires.

 

         Après quelques minutes qui leur parurent des siècles, une sorte de clapotis répugnant leur parvint.

         — Les voilà... Ils sortent... chuchota Sire Concis.

         La rumeur enflait, enflait, indiquant que le nombre de créatures augmentait sans cesse. Quand le bruit atteignit son top niveau, il se stabilisa.        

         — Ça y est, ils sont tous dehors, dit Zoé.

         — Qu’est-ce que les bébés attendent pour tirer ? s’impatienta Ruth Prout.

         Une déflagration ponctua sa phrase. Puis une seconde. Puis tout un tas. Les chuintement des créatures atteignirent les aigus.

         — Aaaah, cria Sire Concis, c’est insoutenable ! Bouchez-vous les oreilles, ils vont nous crever les tympans !

         Les deux femmes n’avaient pas attendu cette recommandation, mais peine perdue : l’assaut de décibels leur vrillait la cervelle. Si bien que sous l’agression, l’une s’évanouit et l’autre eut une crise de nerfs.

         Enfin, l’alternance d’explosions et de sifflements se tut, faisant place à un silence saturé d’épouvante.

         — C’est fini, dit Sire Concis, qui suait à grosses gouttes. Allons voir de quoi il retourne.

         — Mais... les émanations... souffla Ruth Prout, encore dans les vapes.

         — Nous n’y serons exposés que durant un  temps très bref : elles stagnent au niveau du sol. Attention, retenez vos respirations ! Un... deux... trois !

         Ses deux comparses accrochées à son dos, le dragon jaillit du bunker comme une fusée et, fuyant les radiations mortelles, s’envola vers l’azur limpide.

                                                                                                                                    (A suivre)

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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 05:01

La demoiselle à la fleur

 

       Au début de notre vie commune, Sylvain m’avait offert un cadeau ravissant :  un lampe en bronze 1920, représentant une longue jeune fille à la Mucha. D’un geste gracieux, elle brandissait une fleur en pâte de verre dans lequelle se trouvait l’ampoule. Durant des années, cette merveille orna ma table de chevet, puis un beau jour, elle tomba. La fleur se brisa, ainsi que la petite main porteuse de lumière. Dégoûtée, je la rangeai dans le carton des trucs à réparer.

         Le temps passa. Nous quittâmes Paris pour nous installer au village. Et on stocka le carton dans une grange qui, quelques mois plus tard, fut cambriolée.

         J’avais complètement zappé cet événement quand, dans un vide-grenier de la région, qu’aperçois-je, au milieu d’un tas de bric-à-brac ? Ma demoiselle de bronze. Estomaquée, je saute dessus, l’examine sous toutes les coutures... Aucun doute, c’est bien elle.

         — D’où ça vient ? demandai-je d’un air détaché à la grand-mère qui tient le stand.

         — Je n’en sais rien, répond-elle. Ce sont des affaires à mon fils.

         Vais-je faire un scandale ? Hurler que cette lampe m’appartient ? Qu’elle m’a été volée ? Exiger qu’on me la rende sur le champ ? Non, je n’oserais jamais. En plus, je n’ai aucune preuve...

         «  Cette pauvre femme n’y est sûrement pour rien, raisonnai-je en moi-même. Et si ça se trouve, son fils non plus. Il a peut-être récupéré tous ces objets sans en connaître la provenance. Qui sait à la suite de quelles péripéties ma lampe a échoué ici ? »

         Bref, je l’ai rachetée trois euros, après un bon quart d’heure de tractations. La grand-mère en voulait le double, mais elle a fini par céder. De mauvaise grâce, je précise.

         — À ce prix-là, c’est du vol, l’ai-je entendue grommeler en me rendant ma monnaie sur cinq.

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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 07:14

Episode 66

         En fait, l’hôtel désert ne l’est pas tant que ça. Le magma noirâtre répandu sur le sol des chambre n’est autre que les créatures de mazout, en personnes. Les descendants du Petit Prince, oui, c’est cela, vous avez bien suivi. Qui prennent un repos bien mérité avant d’envahir la planète.

 

         Zoé fut la première à se ressaisir.

         — Il faut tout de suite avertir les bébés !

         Tandis qu’une à une les portes s’ouvraient, et que les créatures s’écoulaient des chambres pour reprendre forme dans le couloir, nos héros dévalèrent l’escalier de service.

         L’instant d’après, ils étaient dehors.

         Là-haut, dans le soleil à présent éclatant, les bébés voletaient avec les goélands. Au sifflement autoritaire de Sire Concis, ils rappliquèrent.

         — Écoutez-moi bien, leur cria le dragon tandis qu’il se posaient sur la plage en vagissant. Dans quelques minutes, des êtres tout noirs vont sortir de cet hôtel. C’est eux, votre cible. Attendez qu’ils soient tous là avant de leur expédier vos missiles sur la tronche. Celui qui en aura dégommé le plus recevra une glace à la vanille ! Compris ?

         Quelques « areuh ! » approbateurs s’élevèrent des rangs.

         — A présent, mettez-vous en faction comme je vous l’ai appris pendant l’entraînement. Cédric, tu donneras le signal d’envoi. Je peux compter sur toi ?

         — Bluh !

         — Parfait. maintenant, mesdames, allons vite nous mettre à l’abri des radiations.

         Quelques bunkers, souvenirs du Débarquement, s’ouvraient ça et là le long de la digue. Au pas de course, le dragon entraîna ses compagnes vers le plus proche. Tandis que l’armée de poupons reprenait de la hauteur, ils s’engouffrèrent dans l’abri obscur et, l’oreille aux aguets, attendirent les premières déflagrations. 

                                                                                                                               (A suivre)

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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 08:02

La bibliothécaire

         Lorsque Tante Ida, avec l’aide de quelques bigotes et la bénédiction de monsieur le curé, décida de créer une bibliothèque paroissiale, je ne cachai pas mon enthousiasme. Imaginez un peu : des centaines de livres à ma disposition, quel bonheur indicible !

         — Le stock, précisa ma tante, ne sera constitué que de dons. J’espère que tu te montreras généreuse...

         Et comme je n’osais comprendre : 

         — Si tu prends du plaisir à lire les livres des autres, il est bien normal qu’eux puissent lire les tiens, non ? expliqua-t-elle.

         Rien à redire, le raisonnement se tenait.

         —Tu en veux combien ? m’enquis-je avec effroi.

         — Le plus possible. Et pas du rebut, hein ! Des histoires que tu aimes.

         — Pourquoi ?

         — À quoi ressemblera notre bibliothèque si on n’y met que des bouquins sans intérêt ?  

         Après avoir longuement réfléchi, changé vingt fois d’avis et pensé très fort aux sept plaies du Christ, je finis pas entasser mes livres dans un carton. Tous mes livres. Oui, vous avez bien lu, tous sans exception. Plutôt que de m’arracher le cœur à en choisir, je préférais encore tout donner à la fois.

       N’empêche qu’en apportant le carton à tante Ida, j’avais les larmes aux yeux.

         — Tu pourra venir les voir quand tu voudras, assura-t-elle, après m’avoir félicitée de mon sacrifice. Et même les emprunter, si tu le souhaites. Après tout, quel intérêt de posséder les choses quand on en a l’usage permanent ? (C’était la reine du raisonnement spécieux, ma tante !)

         Forte de cette promesse, durant plus d’un an, je passai tout mon temps libre à la bibliothèque. Malheureusement, j’étais bien la seule. Car, une fois passé l’engouement des premiers jours, plus personne n’y mit les pieds. De sorte que les bénévoles finirent pas se lasser. Elles n’ouvrirent bientôt plus que deux après-midi par semaine, puis juste le samedi, avant de fermer définitivement.

         Un matin, en passant devant la vitrine, je m’aperçus que les rayons étaient vides. Affolée, je courus prévenir ma tante.

         — Monsieur le curé a tout bazardé, m’expliqua-t-elle. Il avait besoin du local pour les réunions prénuptiales.

         — Et les livres, où sont-ils ?

         — Il les a revendus à un bouquinistes pour les œuvres de la paroisse.

           Quand on est bien élevé, on appelle ça se faire avoir. Aujourd’hui, j’emploie un autre mot que je ne connaissais pas, à l’époque. Le hurler à la face du ciel m’aurait bien soulagée, pourtant !

 

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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 06:36

Episode 65
       Résumé des chapitres précédents : Un hurlement déchire la lugubre atmosphère de l’hôtel abandonné. C’est la voix de Ruth Prout. Que lui est-il arrivé ?

        Le gémissement provenait d’une porte entrebâillée. Le cœur battant, Zoé la poussa... et, à son tour, hurla. Le sol était couvert d’une sorte de boue noirâtre dans laquelle ses pieds s’enfoncèrent, comme dans des sables mouvants.
         Sire Concis, déboulant à cet instant précis, la vit s’engloutir dans l’atroce magma sans pouvoir rien faire... (Ce spectacle, d’ailleurs, fut à l’origine de la névrose aigüe qui le mena, par la suite et pour plusieurs années, dans le cabinet du fameux docteur Freudinet, NDLA). Tandis que, tombé à genoux face à l’horrible spectacle, le dragon sanglotait : « Ruth... ma Ruth... Zoé... Quel malheur... », le magma fut agité d’une sorte de remous. Un bâillement sonore s’en échappa. Puis une voix caverneuse, montant des profondeurs de la matière, émit ces quelques mots :
         — Pas moyen de pioncer tranquille, dans  ce bordel, bordel !
         Et, sous les yeux du dragon tétanisé, le bourbier de cauchemar se rassembla, se dressa jusqu’au plafond, prit une forme vaguement humaine, et cracha les deux femmes, ptiou, ptiou, en grommelant :
          — C’est quoi, ces grumeaux dégueulasses que j’ai entre les dents ?
          Après quoi, d’un pas lourd, il sortit dans le couloir, en se grattant ce qui, vu leur emplacement, devait être des couilles.
Tandis que nos trois héros, à nouveau réunis, se serraient les uns contre les autres avec des larmes de joie (et de terreur), la créature frappa aux portes voisines.
           — Allez, debout là-d’dans, et qu’ça saute ! On a une planète à envahir, les mecs  !

                                                                                                                                           ( A suivre)

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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 07:25

Je suis toujours à la recherche d'un éditeur pour mes Grands Moments de Solitude, mais je n'ai ni le temps ni l'énergie de frapper aux portes. Donc, je lance un appel au peuple. Si quelqu'un est intéressé, voici la couverture. Du pur Edika, s'il vous plaît !

GUDULE-PAR-EDIKA---copie.jpg

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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 07:05

La guerre des roses

         Un jour, en passant devant la vitrine de madame Delcourt — ma bouquiniste bien-aimée —, maman avisa un livre sur l’Amazonie avec, en couverture, le portrait d’une belle indigène aux seins nus. Son chaste sang ne fit qu’un tour. Se ruant dans la boutique, elle somma la commerçante de retirer immédiatement « ces scandaleuses obscénités ».

         Après avoir protesté pour la forme, madame Delcourt, qui n’était pas vindicative, obtempéra. Et ma redresseuse de torts de mère s’empressa de raconter partout qu’elle avait « mouché cette sans-Dieu » (car, de notoriété publique, la bouquiniste était athée).

         Dès le lendemain, en lieu et place du livre litigieux, on pouvait voir Éloge du naturisme, d’Elisée Reclus. Mais comme la couverture ne comportait pas d’illustration, maman n’y trouva rien à redire. 

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14 septembre 2012 5 14 /09 /septembre /2012 07:14

Episode 64

         Quelle angoisse, ce casino désert, abandonné en hâte par les fuyards ! On a presque l’impression que ce sont des esprits qui jouent à la roulette. Où des êtres invisibles... Enfin, ça, c’est ce que je ressens, mais j’ai trop d’imagination, paraît-il. 

 

         A l’étage supérieur se trouvait le restaurant.

         — Vous n’avez pas une petite faim, vous ? s’enquit Sire Concis.

         Grâce à la clim, les mouches avaient épargé le somptueux buffet du petit déjeuner. Paniers de fruits exotiques, brioches, viennoiseries, pain de mie, beurre, confitures voisinaient avec des yaourts, des œufs durs, des tranches de gruyère et des ramequins de Vache qui rit.

         — Juste un café, pour moi, dit Zoé.

         — Va t’asseoir, je te l’apporte. 

         Tandis qu’ils se sustentaient, Ruth Prout, à qui la curiosité coupait l’appétit, s’éloigna en loucedé.

         — Moi, j’étais fait pour la vie de palace, déclara Sire Concis, en engouffrant des quantités hallucinantes de nourriture. Cette abondance... Ce luxe... Franchement, je ne m’en lasse pas.

         Il terminait son quatrième plateau quand le hurlement rententit.

         — Ruth ! s’étrangla Zoé en repoussant sa chaise pour se précipiter en direction du bruit.

         Elle escalada quatre à quatre l’escalier qui débouchait dans le grand couloir du premier étage. Tapis de velours rouge... Lumières tamisées... Murs tapissés de portes portant chacune une petite plaque de cuivre avec un numéro...

         — Ruth ! Ruth ! Où es-tu ?

         Pas de réponse.

         Si !

         Un faible, très faible gémissement.

                                                                                                                         (A suivre)

 

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