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30 juillet 2012 1 30 /07 /juillet /2012 07:05

Épisode 41

   Résumé des chapitres précédents : Ça alors, pour une surprise ! Ruth Prout et Sire Concis ont eu un fils, un beau gros garçon d’une tonne, environ.

 

         —Tout le monde dit qu’il me ressemble, continua Ruth Prout, avec un frémissement de fierté maternelle. Les yeux, surtout.

         — Ce... ce n’est pas un dragon ?

         — Non, un poupon ailé. Attends, je dois avoir une photo sur moi.

         — Laisse, je me le représente très bien. Une sorte de Cupidon, c’est ça ?

         — Oui, mais pas avec des ailes de pigeon, plutôt de chauve-souris, tu vois ?

         Zoé, décontenancée, avala sa salive, ce qui produisit un « gloups » discret.

         — Et... euh... il... enfin, vous... vous habitez où ?

         — Une fermette dans les Pyrénées, et je... Oh ! Regarde !

         Du doigt, Ruth désignait un petit bateau de plaisance, voguant à quelques encablures.

         Trois personnes, penchées au bastingage, scrutaient les flots. Une femme en burka, un grand barbu mou, et une sorte d’homme grenouille, portant combinaison, palmes, masque et tuba.

         — M’aurait étonnée qu’on ne les retrouve pas sur notre route, ceux-là, grommela Ruth Prout. Tu tiens la barre pendant que je me change, Zoé ?

         En un tournemain, elle se dévêtit et enfila un équipement de chasse sous-marine.

         A peine était-elle prête que l’homme-grenouille plongea. Et avant que Zoé ait le temps de se retourner, elle le suivit.

                                                                                                                             (A suivre)

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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 07:16

La doublure

 Été 1956. Toute la famille est en vacances à Westende, petite station balnéaire de la côte belge. Mes frères et mes cousins, nettement plus âgés que moi, traînent avec un groupe de jeunes entre 16 et 25 ans, dont je suis bien entendu exclue. A quelques exceptions près, en particulier cette fameuse soirée dans les dunes...

         On buvait du Coca et de la limonade, assis sur le sable. Ça papotait, ça rigolait, ça se bousculait un brin. Comme mon cousin Jeannot (celui de « Jeux interdits ») gratouillait sa guitare, un cercle d’admiratrices s’était formé autour de lui. Du coup, pour faire style, il avait posé le pied sur un siège pliant, son instrument de musique reposant sur sa cuisse nue, puisqu’il ne portait qu’un slip de bain...

         On était économe, dans les familles nombreuses de l’après guerre. En tant que dernier-né d’une fratrie de six enfants, Jeannot héritait des vêtements de ses frères aînés. C’était le cas de ce slip qui, à force de lavages, s’était distendu, de sorte que « quelque chose » dépassait légèrement par l’entrejambes, du côté droit.

         En entendant glousser les filles — auxquelles ce détail n’avait pas échappé —, je m’empressai de leur demander ce qui les amusait tant. Elles rougirent, pouffèrent plus fort, et l’une d’entre elles me chuchota :

         — Va dire à ton cousin qu’on voit la doublure de son maillot.

         J’obéis sans penser à mal. Jeannot fronça les sourcils, me fit répéter ; je lui montrai la chose du doigt. Il regarda, perdit contenance, et, ni une ni deux, s’éclipsa sous les explosions de rires de ses copines. 

         Durant le reste des vacances, il fut exécrable avec moi. Je n’en compris les raisons que bien plus tard, quand me furent révélés les envoûtants mystères de l’anatomie virile. Rétrospectivement, je savourai son humiliation. Il y avait une Justice, nom d’un chien !

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28 juillet 2012 6 28 /07 /juillet /2012 06:55

         Épisode 40

 Résumé des chapitres précédents : Des sirènes auraient été aperçues dans la mer du Nord. Zoé se rend sur place pour aller vérifier de visu.

         Les hôtels étaient comble. Les campings pris d’assaut. Le littoral noir de monde, sur toute sa longueur. Les marchands de jumelles en rupture de stock.

         — Je vais louer un canot, se dit Zoé, en se dirigeant vers le port de Slip-les-Bains, petite ville côtière sous les feux de l’info.

         Ils étaient tous retenus pour les huit jours à venir.

         Notre héroïne se prenait méchamment la tête quand un « Tiens, tiens, comme on se retrouve ! » sarcastique résonna dans son dos. 

         Cette voix, elle l’aurait reconnue entre mille.

         — Ruth ! Qu’est-ce que tu fous là ?

         — La même chose que toi, je suppose...

         La fermière portait un gros sac de sport à l’épaule. Elle héla le loueur :

         — Mon canot est prêt ?

         — Oui, c’est le rouge, là, répondit l’homme.

         Lestement, Ruth sauta à bord, puis, d’un geste, invita Zoé à la suivre. Celle-ci, bien entendu, ne se fit pas prier. L’instant d’après, elles filaient vers le large.

         — As-tu des nouvelles de Sire Concis ? interrogea Zoé, les yeux fixés sur le flot écumeux que fendait l’étrave.

         — Il est resté à la maison garder le petit.

         — Pardon ?

         — Il garde Cédric, notre fils.

         La foudre s’abattant aux pieds de Zoé ne l’aurait pas surprise davantage.

         — Tu... tu n’étais pas stérile ?

         Le rire de Ruth Prout s’éleva dans l’air marin.

         — Oh, ça, c’est de l’histoire ancienne. J’ai suivi un traitement, et hop ! un beau gros garçon de vingt-cinq kilos.

         — Vingt-cinq kilos ? À moins d’un an ?

         — Non, à la naissance. Maintenant, il frise la tonne.

                                                                                                                                 (A suivre)

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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 06:27

Le silence de l’amer

  Quand E.T. est sorti en salle, Mélanie avait cinq ans et Louis-Gaël, le fils de notre copain Jean-Luc, six. Nous décidons donc, Jean-Luc et moi, de les emmener ensemble au cinéma.

         Durant la première moitié du film, tout se passe bien. Puis vient la scène où le petit extrarrestre, tombé aux mains des militaires, semble sur le point de mourir. Et là, au moment le plus pathétique, une sorte de sirène trouble le silence : c’est ma Mélanie qui pleure à chaudes larmes. Louis-Gaël, en revanche, ne bronche pas. Il reste tout raide dans le noir, à la grande satisfaction de son père qui apprécie ce stoïcisme. Et, une fois la séance terminée :

         —Tu en as fait, un raffût ! reproche Jean-Luc à Mélanie.

         Puis, se tournant vers son fils :

         — Toi, par contre, tu as été parfait. Je suis fier de toi, bonhomme !

         Pour toute réponse, le petit garçon, toujours muet, ouvre la bouche... et vomit son repas de midi.

         Je n’ai pas ri, je le jure. J’ai juste remarqué d’un air détaché :

         — Chacun s’exprime comme il peut, hein ! 

        Sans un mot, Jean-Luc a sorti ses kleenex. Je crois bien qu’il était vexé.

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26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 04:39

Épisode 39

   Résumé des chapitres précédents : Bon, retour à la case départ. Sire Concis, Aurore et Ruth se sont évanouis dans la nature, et Zoé se retrouve seule au turbin. À mon avis, va falloir embaucher. 

        

         Hormis les deux stagiaires fournies par pole-emploi, rien de marquant ne se passa dans les mois qui suivirent. Sauf, peut-être, ce titre apparu, un matin, à la une d’un grand quotidien : UNE SIRÈNE AURAIT ÉTÉ APERÇUE DANS LA MER DU NORD.

         «  Quel poisson d’avril idiot », pensa Zoé, en passant devant son kiosque habituel.

         En fait, ce n’en était pas un (d’ailleurs, nous étions les 24 juin NDLA), comme le confirmèrent, plus tard, l’ensemble de la presse, la radio, la télé et les consommateurs des Bons Amis. Des marins avaient bel et bien vu, flottant au gré des vagues, une créature sortie tout droit de l’Odyssée. L’un d’eux l’avait même photographiée avec son téléphone portable. Bien que de très mauvaise qualité, le cliché fut vendu à prix d’or aux journaux. On y discernait, floutée par les embruns, ce qui semblait, en effet, être une femme à queue de poisson... 

         Le phénomène, aussitôt, passionna l’opinion publique. Tous les médias s’en emparèrent. Il y eut des interviews de scientifiques, des débats, des conférences ; des affrontements verbaux ; des déclarations fracassantes, des dénégations hystériques. Les plages belges et normandes, boudées d’ordinaire par les vacanciers, furent envahies de curieux, ce qui enchanta les professionnels du tourisme. Et des images de sirènes, truquées pour la plupart, saturèrent la toile.

         La chose, à la longue, intrigua Zoé. De sorte qu’elle décida de se rendre sur place. Le temps était radieux, et un petit week-end vivifiant la tentait. Histoire de se requinquer après le boulot, voyez ?

                                                                                                                                (A suivre)

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 07:07

Fruits de mer

  Un soir, notre copine Evelyne nous annonce :

         — Je viens de récolter une herbe délicieuse. Ça vous dit de la goûter ?

         Poliment, nous refusons : Sylvain est non fumeur, et j’ai, pour ma part, arrêté ces enfantillages depuis belle lurette.

         — Qu’à cela ne tienne, répond Evelyne, je vais préparer un space-flan dont vous me direz des nouvelles !

         Si c’est comme ça, ça va.

         Après le repas, nous grignotons tous trois le délicieux dessert. Manque de bol, Evelyne, fumeuse invétérée, l’a surdosé. Après quelques heures d’ingestion, on commence à se sentir mal, très mal. Mauvais trip, vomissements, crise d’angoisse...

         Devant notre état aussi extrême qu’imprévisible, Evelyne,  paniquée, appelle les pompiers.

         — On a mangé du flan aromatisé au cannabis, leur avoue-t-elle.

         Ni une ni deux, ils nous embarquent à l’hôpital — tout en se marrant, vu notre âge. Dans un demi-coma, j’entends même l’un d’eux lancer à son collègue :

         — Monsieur n’est plus tout jeune, mais tu verrais madame !

 

         Par la suite, nous avons prétendu à nos voisins avoir été empoisonnés par les fruits de mer de chez Leclerc, ce qui a dû faire baisser le chiffre d’affaire de ce bon Edouard. Mais l’honneur était sauf !


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24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 06:30

          Épisode 38

  Hou là là, suite aux révélations de Ruth Prout, il va y avoir de l’eau dans le gaz, à mon avis. Parce que, bon, Sire Concis vient d’en prendre plein sa tronche !

 

         À ces mots, le dragon atterrit en catastrophe.

         — Barrez-vous, les filles, dit-il d’une voix blanche.

         — Mais..., protesta Zoé.

         — Barrez-vous, je vous dis ! Je ne veux plus jamais vous voir, ni l’une ni l’autre. 

         Les ayant débarquées en plein Quartier Latin, il s’envola à tire d’ailes.

         — Où vas-tu ? lui cria Zoé.

         — Cacher ma honte et ma douleur là où nul ne me retrouvera jamais !

         — Bravo, beau travail ! dit Zoé à Ruth. Tu peux être fière de toi !

         L’autre ne répondit pas. Tête basse, elle s’éloignait le long des rues obscures. Bientôt, l’ombre l’avala. 

         «  Bon, ben me voilà seule pour combattre les Forces des Ténèbres », pensa Zoé, en reprenant, la mort dans l’âme, le chemin de son domicile.

         Et seule également — elle s’en rendit compte le lendemain matin — pour assurer toute la production de la BNS. Car ni Aurore, ni Ruth ne se présentèrent au travail.

         Pas plus, d’ailleurs, que le Mollah Mou et les adeptes de sa secte. Après le scandale de la veille, ils se planquaient. Logique...                                                                                               (à suivre)

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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 14:12

Une très belle critique de "Mémoires d'une aveugle" dans la revue Phénix, de Marc Bailly. Merci, madame Phénix !

http://www.phenixweb.net/DUGUEL-Anne-Memoires-d-une-aveugle

memoiresaveugle01

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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 07:00

Bas de laine

      Mon père n’aimait pas les banques. En bon épargnant d’avant-guerre, il gardait ses sous à portée de main, loin des spéculations de la haute finance. De sorte qu’à sa mort, j’héritai d’un somme rondelette en liquide. 

         Se posa alors la question : j’en fais quoi ? (en attendant de la dépenser, je veux dire). La déposer sur mon livret de caisse d’Epargne ? Non, je ne pouvais pas faire ça à papa. La conserver chez moi ? Était-ce bien prudent ? Les cambrioleurs connaissent toutes les combines. Ils vident les tiroirs, éventrent les matelas, soulèvent les lattes du plancher... À cette perspective, je frissonnais d’horreur.

  Bref, moi qui, n’ayant rien à voler, avais toujours vécu les portes ouvertes, je commençai à me barricader. Et, tel le savetier de la fable, je découvris les affres de la parano. L’inquiétude me réveilla la nuit ; je n’osai plus m’absenter, convaincue que des hordes de malfrats, ayant reniflé l’odeur du pognon, rôdaient autour de mon appartement, la bave aux lèvres...

C’était positivement infernal.

Par bonheur, tout problème a sa solution. Celle-ci m’apparut un matin, lumineuse. J’avais une vidéothèque remplie à craquer. Or, où est-on mieux planqué que dans la foule ?

Ni une ni deux, je sortis cinq boitiers au hasard et en virai le contenu que je remplacai par des billets de banque. Puis, sûre d’avoir trouvé LA cachette idéale, je me remis à vivre peinarde, comme avant. En prétant mes DVD à n’importe qui, entre autres...

Sylvain, mis au courant de mon idée géniale quelques semaines plus tard, ne la trouva pas géniale du tout. Sur ses conseils, je partis à la recherche des cinq boitiers-tirelires, disséminés un peu partout dans l’étagère, et n’en retrouvai que quatre. L’un d’eux — « L’Age de glace », pour être précis — avait disparu. Où ? Quand ? Comment ? Mystère.

J’ai tout retourné dix fois, vingt fois, en vain. Ça m’a pris la tête durant une bonne semaine, et puis bon, je me suis dit que la leçon valait bien un fromage. Et j’ai racheté un boitier vierge pour « L’Age de glace ». 

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22 juillet 2012 7 22 /07 /juillet /2012 06:38

Épisode 37

  Résumé des chapitres précédents : Coup de théâtre ! L’enfant d’Aurore est un extraterrestre. Il y a, à l’évidence, du Petit Prince là-dessous !

 

         Ruth ne dut son salut qu’à l’intervention musclée de Sire Concis, qui l’arracha de justesse à la fureur de la foule. Lors, nos trois amis, s’extirpant tant bien que mal de l’antre souterrain, s’envolèrent dans le ciel nocturne, poursuivis par les invectives des adeptes de l’Élu. 

         — Ouf, on l’a échappé belle, murmura Zoé, tandis qu’ils atteignaient les tours de Notre-Dame.

         Les gargouilles, comme animées par le rayon de lune, semblaient les suivre des yeux. Sire Concis les salua au passage.

         — Bonne nuit, les cousins !

         Entre-temps, Ruth avait recouvré ses esprits.

         — Ah, la salope ! Ah, la salope ! sanglotait-elle, en épongeant son nez ensanglanté.

         Zoé lui décocha un regard noir.

         —Tu ne pouvais pas tenir ta langue, non ? On était bien infiltrés dans la secte et tu as tout fait foirer !

         — C’est le fils de mon mari ! protesta la fermière.

         — Et alors ? Tu le savais qu’il était donneur !

         — Ça n’a rien à voir : il m’a trompée, avec elle.

         — Qu’est-ce que t’en sais ? Elle a peut-être été inséminée, comme n’importe qui.

         — Tu rigoles ? Pourquoi aurait-elle procréé artificiellement alors qu’elle avait l’outil sous la main ?

         C’était le bon sens même.  

         — Comme il a dû l’aimer, soupira Ruth, les larmes aux yeux. Il désirait tellement un fils...

         — Dis donc, si t’as des regrets, t’avais qu’à lui en faire un, toi, de lardon ! grinça Zoé.

         — J’ai essayé, tu penses. Hélas, je suis stérile. Sans quoi, ce serait moi, la mère de l’Élu ! Et je ne me taperais pas ce dragon à la noix !

                                                                                                                                (à suivre)

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