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16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 07:40

Chapitre 68

  Résumé des chapitres précédents : En fait, le logement de l’ange est un squat.

 

         Ils remontent vers Châtelet, s'engagent sur les boulevards. Le squatt en question se trouve au fond d'une impasse. Il a encore fière allure, malgré ses murs noircis et ses fenêtre en partie murées.

         — 1930, estime Nora. Les balcons sont ravissants. Ce n'est pas classé ?

         — Faut croire. À moins que les promoteurs n'aient versé des pots-de-vin à qui de droit pour que le dossier se perde.

         Cage d'escalier cradingue, peintures lépreuses, vitres brisées. Flaques croupissant à même les marches. Une odeur innommable.

         — Vous faites souvent le ménage ? glousse Nora, enjambant les gravats.

         — Non, mais si le cœur t'en dit...

         Un étage. Deux.

         — Bienvenue au paradis, dit l'ange en poussant la porte.

         Dieu, que c'est grand ! Longs parquets (jadis) cirés, murs couverts d'affiches et de graffitis mais merveilleusement agencés. Un espace calme, équilibré, meublé de bric et de broc avec de la récup, des chaises bancales, des caisses, des présentoirs à prospectus. Sur une pile d'annuaires servant de guéridon, une gerbe d'arums au calice lubrique.

         — Super ! applaudit Nora.

         L'ange est content qu'on apprécie son petit chez-lui. S'il avait des ailes, il les agiterait (les ailes étant aux anges ce que les queues sont aux chiens).

         — Ta chambre, annonce-t-il, désignant la pièce au bout du couloir.

         Par terre, un matelas tiré d'une benne et couvert d'un duvet de camping taché. En guise de rideau, ce qui dut jadis être un drap de lit. Difficile de trouver plus sordide — mais pour Nora, la suite royale d'un cinq étoiles.

         — Super, répète-t-elle à défaut de mieux.

         — Bon, je m'en vais, dit l'ange. Si t'as faim, il reste des pâtes au frigo. Et si tu flippes, on a du Prozac dans la salle de bains.

         — Ça va, pour ça, j'ai ce qu'il me faut.

         — Ah, et puis évite d'entrer dans la chambre à côté, ma meuf se repose.

         — Merci, dit Nora, sincère. T'es vraiment un ange.

         — Pas de quoi, sourit l'ange.

         Et il s'envole.

                                                                                                                                   (A suivre)

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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 07:32

Chapitre 67

 Résumé des chapitres précédents : Sylvain, touché par le désarroi de Nora, offre de l’héberger.

 

         — Si tu veux, on y va tout de suite, propose l'ange. Je travaille dans une heure, on a juste le temps.

         — Tu fais quoi ?

         — Diff de tracts dans les queues de cinéma. (Poursuivant son idée) Tu t'installes, tu prends tes aises et tu ne t'occupes pas de nous, OK ?

        OK.  À la perspective d'avoir un point de chute, Nora exulte. Ce bol qu'elle a ! « T'es née coiffée », disait sa mère.

         Coiffée... Le miroir du bistrot lui renvoie cette toison rétive que le peigne n'a jamais su dompter. Un embrouillamini de boucles sauvages croulant au ras de l'œil. «  Coupe cette frange ! » la sermonnait sa mère. Et à l'hôpital : « Relevez vos cheveux ! » Que non point. Laissez-moi mon rempart, ce filtre capillaire entre moi et le monde.

         Une seule exception : Charlie quand il m'aime. Dans l'excès d'impudeur qu'insufle le désir, il m'arrive, je l'avoue, de lui offrir mon front tel qu'au jour de ma naissance : sans mèches protectrices. Plus nue que nue, en somme. Ouverte à tous les vents. Mais ça, c'est transgressif, et le rideau retombe sitôt l'acte accompli.

         — Allons-y, dit Nora.

         Elle termine son café, abandonne le sandwich et suit l'ange hors du bouge.

         — On squatte un vieil immeuble à Strasbourg-Saint-Denis, explique ce dernier. Il y a plusieurs années que tous les locataires ont été expulsés. En principe, ça doit être démoli. Mais un détail administratif doit bloquer la machine, les travaux sont sans cesse reportés. Lulu et moi, on s'est récupéré un apparte de cinq pièces avec parquets en chêne et plafonds moulurés, un truc d'enfer.

         — Et les flics ne vous font pas chier ?

         — Ils ont plus ou moins essayé, mais pour l'instant, c'est le statu quo. Je suppose que, le moment venu, ils nous videront à coups de lacrimos — ou de bulldozers, carrément. En attendant, on est peinards.

                                                                                                                                    (A suivre)

 

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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 07:40

Chapitre 66

Résumé des chapitre précédents : Nora a largué les amarres et part à la dérive. Mais en chemin, elle re-rencontre l’ange. Au même endroit que précédemment. 

 

         Nora attaque son sandwich. Mâche au ralenti. On ne parle pas la bouche pleine. L'ange comprend à demi-mots, et même à pas de mots du tout.

         — Où loges-tu, alors ?

         — J'en sais rien.

         Il s'en doutait. C'est intuitif, un séraphin.

         — Ça se voit tant que ça, que je sais pas où aller ? s'étonne Nora.

         Il hoche la tête.

         — La nuit, tous les paumés sont gris.

         — Je suis grise, moi ? J'ai même pas bu.

         — Je ne parlais pas d'état mais de couleur.

         Menton sur la poitrine, elle examine ses fringues.

         — Je ne suis pas grise, je suis noire, blanche et bleu délavé.

         —  Ton visage est anthracite.

         — Ben v'là autre chose !

         — Comme les p'tits rats des villes. Y en a plein, sur les rails du métro. Ils bouffent les mégots de cigarettes et les cartons de MacDo. Quant le train arrive, ils se planquent sous le balast. Des fois, ils se battent pour les bouts de pain que leur jettent les clodos. Les bas-fonds urbains ont aussi leur zoo.

         — Merci pour la comparaison, siffle Nora.

         Ce sandwich est dégueulasse. Du papier de verre.

         — Fallait demander des cornichons, dit l'ange.

         — J'ai rien bouffé de la journée et ce truc me dégoûte, s'effare Nora, repoussant l'assiette.

         — Tu mange quoi, d'habitude ?

         — De la soupe. Mais je ne crache pas sur un petit cheese de temps en temps.

         L'ange hoche la tête.

         — Je peux t'héberger, si tu veux.

         Un sauveur. Une bouée lancée à la naufragée dérivant sans épave.

         — Tu es sûr que ça ne te dérange pas ?

         — Tu te feras toute petite.

         — Et Lulu ?

         — Oh, elle...

         — Je ne voudrais pas m’imposer.

         — T'inquiète pas pour ça, t’es mon invitée.

         Un sauveur, dis-je. Et le mot n'est pas trop fort.

                                                                                        (A suivre)

 

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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 07:47

Chapitre 65

  Résumé des chapitres précédents : Tiens ? Quelqu’un qu’on connaît !

 

         L'ange en personne. Toujours aussi blanc, toujours aussi blond.  Aussi aérien que dans le souvenir de Nora.

         — Bonsoir, sourit-elle. On s'assied ?

         — Et ton disque ?

         — Ça peut attendre.

         Ils choisissent une table au fond.

         — Quoi de neuf ? s'informe l'ange, une fois installé.

         — Bof, rétorque Nora.

         — Je vois, c'est palpitant. Mais encore ?

         — J'ai passé la journée à me promener.

         — Où ça ?

         — Dans le coin

         — Et les veaux, vaches, cochons, couvées ?

         Elle frissonne. Pourvu que Marie-Jeanne ait pensé au pain du poney. Et que le chat n'ait pas fugué. À cette saison, ils ont le feu au cul. Ils disparaissent huit jours et on les récupère squelettiques, couverts de plaie, bourrés de vermine.

         — T'as déserté ta campagne ?

         — J'ai tout déserté.

         Elle en a des sueurs froides. Pourvu qu'il y ait assez de boîtes, dans le garde-manger. Un pack de dix, j'ai laissé. Plus des croquettes. Pauvre bête, c'est qu'il dévore ! Peut-on réellement faire confiance à Marie-Jeanne ? 

         — Raconte-moi ça, dit l'ange.

         Nora se gratte la tête. Peut-elle réellement faire confiance à l'ange ?

         — J'ai repris ma liberté, finit-elle par avouer.

         — Les champs ne te suffisaient plus, comme espace ? Il te fallait Paris ?

         — En quelque sorte.

         Il se marre. Dents d'une blancheur insensée. Il y a du surnaturel là-dessous.

         — Tu es toujours dans le XIIIème ?

                                                                                                                (A suivre)

 

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12 avril 2013 5 12 /04 /avril /2013 13:48

CINQ CONTES RIGOLOS POUR LES LECTEURS À PARTIR DE 8 ANS.

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12 avril 2013 5 12 /04 /avril /2013 07:38

Chapitre 64

Résumé des chapitre précédents : Aux miasmes familiaux de sa frangine, Nora préfère l’errance au hasard des rues. On la comprend. Mais où la mènera ce road movies pédestre à travers Paris ?

 

         Douze heures plus tard :

         « Qu'est-ce que je fais, maintenant ? » 

         De flânerie en glandouille, la journée s'est tirée gentiment. Nora a traîné au Quartier Latin, le nez en l'air, censurant fanatiquement tout ce qui, de près ou de loin, s'apparentait à une pensée. Regardant, seulement. Écoutant. Absorbant par tous les pores de sa peau ; papier buvard. Quand le sac devenait trop pesant, elle descendait sur les berges de la Seine, le posait par terre et s'asseyait dessus. Les péniches passaient lentement, écorchant l'eau dont les reflets, un instant brouillés, cicatrisaient aussitôt. Nora fermait les yeux, somnolait cinq minutes, puis, reposée, remontait vers les vivants.

         Et sur ce, le soir tombe.

         « Qu'est-ce que je fais ? Je rentre sagement au bercail, rue du Chevaleret ? Je retourne chez Anne ? Si je jouais ça à pile ou face ? Pile, tout redémarre comme avant et mon départ reste à jamais un faux-fuyant ; face je me farcis les remugles de maître frangine, ses gniards et son cravaté. En un mot, je me pends ou je me jette à l'eau ? » 

         La pièce vole, retombe sur sa tranche. Roule. Et plouf, dans la Seine. Coquin de sort ! Nora respire, soulagée d'un grand poids.         

          « Bon, où je dors, ce soir ? » 

         Elle fouille les poches de son blouson, sort toute sa monnaie, trois billets de dix, un de cinq, quelques euros en petites pièces. Ça va pas chercher loin. Impossible de s'offrir un hôtel pour si peu.

         « Remontons vers Saint-Michel, j'ai une petite faim, on raisonne mal le ventre vide. » 

         Un sec-beurre fera l'affaire.

         « Tiens ? Je connais ce troquet. Ils ont des bières sympas et de la bonne musique. » 

          Elle entre, commande un sandwich, un expresso et un jeton pour le juke-box.

         Comme elle hésite entre Lennon et Mac Cartney, une voix amicale s'élève derrière elle.

         — Mais c'est ma fleur des champs !

                                                                                                                                (A suivre)

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11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 08:34

Chapitre 63

  Résumé des chapitres précédents : Les petits matin, chez Anne, sont loin d’être sereins. Nora, déjà si perturbée, avait-elle besoin de ça ?

 

         Nora presse ses oreilles de ses deux poings fermés. Du silence, par pitié ! Mais les remous de son sang dans ses tempes prennent le relai. Le silence est un leurre, seule la mort est muette.

         Elle regarde son café : si je bois, je vomis. Mentalement, elle court aux WC, ouvre la cuvette, s'épanche. Quelle horreur ! Elle jette le contenu de la tasse dans l'évier, récupère son sac.

         — J'y vais, crie-t-elle. Je reviendrai plus tard !

         — D'accord,  répond Anne avec une sorte de soulagement.

         Ouf, enfin dehors ! Fuyons cet enfer domestique.

          "J'avais raison, tout à l'heure : voilà le soleil, le ciel tient ses promesses." 

         Nora respire à pleins poumons ; la nausée s'estompe. L'air est frisquet, à peu près pur — privilège des matins que les gaz d'échappement n'ont pas encore souillés.

         "Qu'est-ce qui m'a pris de vouloir m'enfermer chez ma sœur ? Leurs miasmes familiaux, c'est du malaise en gelée. Je n'ai vraiment pas besoin de ça en ce moment !"

          Elle s'étire, et une îvresse soudaine, incongrue, la soulève. Un vent de liberté.

         "Paris est à moi, je suis seule, sans entraves. Personne ne m'attend nulle part. Cette ville, c'est exaltant. J'ai le mors au dent, Charlie, tu te rends compte ? Où y a-t-il un rade, que je prenne des forces pour l'aventure ?" 

                                                                                                                                                                     (A suivre)

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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 07:56

Chapitre 62

  Résumé des chapitres précédents : Point de chute, la frangine. Mais est-ce vraiment une bonne idée ?

 

         Dans la cuisine Habitat haut-de-gamme, Jean-Baptiste, déjà attablé, dispute les corn-flakes à sa sœur Lucie. Anne les houspille :

         — Dépêchez-vous, vous allez être en retard !

         Puis elle invite Nora à s'asseoir et lui verse une tasse. Avec des précautions de grande blessée, Nora porte le liquide brûlant à ses lèvres. Lucie renverse son bol, se fait engueuler, réplique, quitte la table en beuglant :

         — J'en ai marre !

          Nora repose sa tasse sans avoir bu. Tout ce tintamarre la perturbe.

         — Vite, les enfants, il est huit heures moins dix.

         « Quel bruit ! pense Nora, quelle agitation ! J'ai mal à la tête. »

         Voilà le mari qui déboule, à présent. Ajustant sa cravate.

         — Ma pochette ! éructe-t-il. Est-ce que quelqu'un a vu ma pochette ?

         Avisant sa belle-sœur.

         — Tiens, Nora, quel bon vent t'amène ? Anne, où est ma pochette ? 

         — Dans le tiroir de la salle de bains.

         Il repart. Anne consulte sa montre.

         — Excuse-moi, je dois me préparer, j'ai une audience au Palais à neuf heures.

         Elle s'éclipse à son tour. La porte d'entrée claque : ce sont les gamins qui partent. L'époux revient, avale son café debout, demande :

         — Comment ça va ? Tu es bien matinale aujourd'hui. Ciel, déjà huit heures, il faut que je file. Tu seras là ce soir quand je rentrerai ?

         — Je ne sais pas, murmure Nora.

         Il n'a pas entendu : il est déjà dans le vestibule.

                                                                                                                                    (A suivre)

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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 20:02

Jappeloup, novélisation du film de Guillaume Canet, a l'air de bien marcher, dites donc !

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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 08:06

chapitre 61

 Résumé des chapitres précédents : Après une nuit d’amour éblouissante – qu’elle a vécue comme un adieu, et Charlie comme une récompense –, Nora se fait la malle. Elle s’efface, histoire de laisser les coudées franches à son mari. C’était donc ça qu’elle mijotait depuis la veille ?

 

         Pour Montparnasse-Bienvenüe, direction Charles-de Gaulle-Étoile. La rame arrive, elle s'y engouffre. Insensiblement, le jour s'est intallé : une fade lumière de début de printemps, piquetée de bruine. Mais, derrière les nuages, il se peut que le soleil couve. Dans une heure ou deux, maximum, on sera fixé.

         Peu de monde, dans le métro. Il est encore trop tôt, les travailleurs petit-déjeûnent sur un coin de table avant la migration quotidienne. Nora a précédé le rush et s'en félicite : les promiscuités sont déconseillées aux écorchés vifs.

         Anne habite un immeuble cossu, rue Vavin, dans le quinzième, en compagnie d'un mari homme d'affaire et de deux pré-adolescents. Nora compose le code, pénètre dans le hall, appelle l'ascenseur. Se retrouve au troisième étage sans trop savoir comment.

         Elle sonne. Rumeur à l'intérieur. On perçoit clairement : Anne, y quelqu'un ! —  J'ai entendu, je ne suis pas sourde — Tu ouvres ? — Pas dans cette tenue — Jean-Baptiste ! Jean-Baptiiiiste ! — Oui, p'pa  — Va ouvrir, s'il te plaît — Qu'est-ce qu'on peut bien nous vouloir à cette heure ?

         Clic-clac, bruit de loquet. Double serrure blindée. La porte s'entrebâille, maintenue par une chaîne. Dans la fente, un museau méfiant, tavelé d'acné.

         — Bonjour, Jean-Baptiste.

         — Maman, c'est tante Nora !

         — Fais-la entrer, j'arrive.

         Un instant plus tard :

         — Bonjour, ma chérie, s'écrie Anne, en peignoir-éponge, décoiffée et les bras tendus.

         «  Elle est marrante, comme ça, s'attendrit Nora. C'est bien la première fois que je la vois nature. Ça la rajeunit.  En salopette et les cheveux défaits, elle serait presque sympathique. »

         Elle s'embrassent.

         — Qu'est-ce qui se passe ? s'informe Anne. Un problème?

         — Pas vraiment. Je peux avoir du café ?

         — Il est en train de passer.

                                                                                                                                   (A suivre)

 

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